Connexion

Bâtir ou subir

On espérait que le logement serait au cœur de la campagne électorale des municipales. Avec le secret espoir que l’adage « maire bâtisseur, maire battu » soit démenti. Las.

D’abord, les événements au Moyen-Orient auront relégué au second rang la couverture médiatique des élections municipales. Et puis, la bonne vieille politique politicienne aura pris le pas sur les débats de fond. Ces derniers tournant davantage à des batailles de chiffonniers, à l’image de celui cette semaine des candidats au second tour à la mairie de Paris. 

Et pourtant, les maires sont en première ligne d’une crise du logement que plus personne ne nie. Un sondage Odoxa pour Nexity, BFM et Capital, révèle que sept Français sur dix estiment qu’il est difficile de se loger dans leur commune. Et 72 % souhaitent que leur maire augmente la part de logements disponibles, par la construction ou la rénovation. Ils sont autant à dire qu’ils tiendront compte des propositions des candidats sur ce thème.

Une étude d’Idheal montre aussi une prise de conscience des élus locaux. Le logement constitue un enjeu important pour 65 % des maires et ce chiffre monte à 100 % dans les villes de plus de 10 000 habitants, selon un sondage réalisé auprès de 1 028 édiles. Une majorité d’entre eux (61 %) considère la production de nouveaux logements comme un objectif prioritaire. Même s’ils sont aussi nombreux (62 %) à se dire impuissants à mettre en œuvre une politique qui permettrait d'en construire ou d'en rénover davantage.

Quel que soit leur appétence, les futures équipes municipales devront faire face à cette crise du logement qui n’est ni conjoncturelle ni limitée à la France. La commission européenne s’est saisie de la question du logement. L’ONU aussi.

Au Mipim, Anacláudia Rossbach, secrétaire générale adjointe au Nations Unies et directrice exécutive d’ONU-Habitat, a appelé à dépasser les modèles traditionnels de développement et plaidé pour « créer des espaces de dialogue entre collectivités locales, États, citoyens et acteurs économiques ».

De ces dialogues, il faudrait assez rapidement aboutir à de nouveaux modèles économiques pour déverrouiller un marché grippé. L’enjeu est de réembarquer tout le monde, depuis les maires jusqu’aux investisseurs privés, dans la production de logements. De logements abordables, pour être plus précis.

Et alors, on pourra promouvoir un nouvel adage : « maires sans grues, maires battus ».

News | Bâtir ou subir