« Nous avons eu 12 années fantastiques de grande fête ; maintenant, nous avons un peu la gueule de bois », reconnaît Martin Brühl, CEO de Union Investment Real Estate, dont le groupe n’a investi en 2022 que 2,2 Mds€ des 6 Mds€ prévus en début d’année. Et le groupe allemand est loin d’être le seul à avoir revu à la baisse ses velléités d’acquisitions au vu d’un marché en cours de redéfinition, l’investissement en immobilier d’entreprise tricolore ayant par exemple chuté de 52 % au 4e trimestre 2022 par rapport à la même période l’an dernier. « Le mouvement de repricing a commencé en mai et en juin, quand l’inflation a pris de telles proportions que les banques centrales ne pouvaient plus maintenir leurs politiques monétaires accommodantes, explique Stephan von Barczy, directeur du département investissement France, Belgique et Luxembourg chez JLL. Le durcissement très rapide et très brutal des conditions de financement a immédiatement mené à un désaccord sur les prix, pour l’ensemble des classes d’actifs, des secteurs et des profils de risques. » Pour les investisseurs immobiliers, l’incertitude entourant l’ampleur et la durée de cette évolution aussi soudaine que drastique impose évidemment une remise en question profonde de leurs stratégies, reconnaît Martin Brühl : « En acquérant un immeuble donné, suis-je en train d’acheter un couteau qui tombe ? Les vendeurs veulent atteindre les prix d’hier tandis que les acquéreurs veulent profiter des prix de demain. Évidemment, cela ne peut pas fonctionner, et c’est pourquoi nous en sommes là. »
