Il est (re)venu le temps des cathédrales. Emmanuel Macron a usé (et abusé) de l’effet « Notre-Dame » pour pousser une politique d’accélération des projets industriels ou agroalimentaires jugés stratégiques pour la France. L’objectif est d’accélérer les délais d’instruction de ces projets, au nombre de 150, qui représentent 71 Mds€ d’investissements cumulés et la création de plus de 32 000 emplois.
La méthode « Notre-Dame », c’est donc la promesse de la simplification administrative environnementale et de la réduction des délais d’instruction. Cette promesse, elle a été tenue pour rebâtir la cathédrale dans les temps impartis par le politique. Elle a été aussi au rendez-vous pour livrer les ouvrages des Jeux olympiques de Paris en 2024 dans les délais et dans l’enveloppe financière annoncée.
« Rien ne justifie que nous soyons une nation qui sait faire en cinq ans la reconstruction de Notre-Dame et qui, parfois, met plus de cinq ans à faire un poulailler », a tancé le président de la République. Rien ne justifie non plus que l’on attende près de dix ans pour s’en rendre compte. Mais passons, et saluons ici la prise de conscience que le temps, c’est de l’argent.
L’une des bonnes idées pour accélérer ce temps est de confier aux préfets des sites clé en main. Sites qui auront la particularité d’être immédiatement disponibles avec l’anticipation des procédures relatives à l'urbanisme, à l'archéologie préventive et à l'environnement pour une instruction rapide des autorisations nécessaires. D’une certaine manière, on retrouve la main de l’État aménageur du territoire qui n’est pas pour déplaire à certains nostalgiques de la Datar.
Mais en même temps, on ne peut s’empêcher d’avoir deux regrets.
Le premier est de regarder toujours par le petit bout de la lorgnette. Si l’on s’occupe des 150 projets stratégiques pour réindustrialiser la France, pensons aussi aux 32 000 emplois promis – c’est-à-dire aux 32 000 familles qu’il faudra loger. Devront-elles supporter les atermoiements de tel ou tel maire, les affres de tel ou tel PLU, les recours plus ou moins légitimes de tel ou tel opposant ? Devront-elles attendre la grande réforme du logement promise par Sébastien Lecornu d’ici la fin de l’année ?
Le second regret, c’est de se dire que si cette méthode « Notre-Dame » fait ses preuves, pourquoi ne pas faire de l’exception d’aujourd’hui la règle de demain ? En d’autres termes, faut-il allumer des feux un peu partout pour éviter de prendre plus de cinq ans à faire des poulaillers ou tout autre projet à caractère plus immobilier ?